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SAFER 44 : contre l’écartement des petit-e-s paysan-ne-s des terres agricoles !


Le 14 janvier dernier, devant la chambre d’agriculture de Nantes, des copines et copains, agricultrices et agriculteurs, militantes et militants et leurs soutiens se sont réunis afin de protester contre la SAFER complice d’une accaparation de terres au profit des grands agriculteurs. Retour en bref sur la situation des petit-e-s paysan-ne-s écrasé-e-s par la SAFER.

Tandis que notre autonomie alimentaire est des plus importantes face à la raréfaction des ressources fossiles (dont il faudra de toute manière nous passer), tandis que les habitant-e-s du territoire réclament une nourriture saine, de qualité, tandis que le bocage, les prairies permanentes et les zones humides sont détruites encore quotidiennement par l’agriculture productiviste, tandis que la pollution des eaux, des sols et de l’air est à combattre au plus vite, tandis qu’il est urgent de maintenir une vie sociale dans les campagnes garantie par l’installation de nombre de jeunes petit-e-s paysannes, la SAFER avec la complicité de la FNSEA et des collectivités locales appuie la mort de nos campagnes en favorisant l’installation de gros agriculteurs ou leur agrandissement.

Quelle est la situation ?

La SAFER [1] a accepté il y a quelques mois l’achat de quatres fermes d’un total de 420 héctares par un gros agriculteur céréalier d’Eure-et-Loire en écartant plusieurs petit-e-s paysans et paysannes intéressés par une partie des terres.

Pour les décourager la SAFER exigeait des jeunes paysan-ne-s le rachat du matériel des cédants en plus de l’achat des terres et au cela au prix fort. (Par exemple 7 héctares de terres à 15’000 euros, plus 20’000 euros de rachat de matériel !) Cela est une forme déguisée de spéculation sur le prix des terres. En effet, en combinant l’achat des terres et du matériel, le prix des ces terres reviendrait à 5’000 euros l’héctare alors que le prix réel est autour de 1’500 euros en moyenne.

Comment de petit-e-s porteurs de projet peuvent acheter à ce prix des terres qui sont peu fertiles et ne permettront pas couvrir leur achat ? Comment ce genre de pratiques (chantage au rachat de matériel des cédants) peut exister dans une institution légale normalement contrôlé par l’État ?

Le rôle de la SAFER

Faut-il rappeler les missions de la SAFER, organisme qui intervient dans toute transaction de terres agricoles ?

La SAFER est sensée :

- Faciliter l’installation de jeunes agriculteurs.
- Assurer la transparence du marché foncier rural et éviter la spéculation foncière.
- Protéger les paysages et maintenir la diversité biologique.

Or, selon un témoignage reçu par email d’un contact à la SAFER, cette politique de pas-de-porte n’est pas isolée et a plutôt tendence à se généraliser dans le département du Loire-Atlantique mais aussi ailleurs.

La conciliation entre la SAFER et les gros agriculteur permet également à ces derniers de passer outre le contrôle des structures agricoles qui permet habituellement aux petit-e-s porteurs de projets d’avoir le temps de déposer des dossiers d’installation et d’être mis en accès prioritaire pour l’accès aux terres.

L’acceptation de ce dossier d’achat par la SAFER ouvre les portes à une véritable spéculation foncière et à un accaparement des terres par quelques riches agriculteurs ou investisseurs ! Ce qui empêchera nombre de jeunes de s’installer, ou alors les incitera à se mettre la corde au cou d’avance...

Les collectivités locales, la chambre d’agriculture et les syndicats agricoles (dont la FNSEA [2]), qui composent la SAFER pour les deux tiers et qui ont avalisé le dossier d’achat du gros agriculteur d’Eure et Loire servent-elles l’intérêt général ou seulement les intérêts de quelques riches investisseurs et agriculteurs ?

L’urgence écologique et climatique exige pourtant un retour urgent à une petite agriculture respectueuse de son environnement.

Notes

[1Société d’aménagement foncier et d’établissement rural, un organisme privé-publique supervisant les transactions de terres agricoles.

[2Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles.

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