Analyse et Histoire Écologie / Nucléaire

Territoire intelligent, bêtise écologique


Alors qu’à Angers, comme dans toute l’Europe, les jeunes descendent dans la rue pour exiger un avenir durable et écologique, les élus du regroupement de communes “Angers Loire Métropole” (ALM) rêvent de mettre en place l’internet des objets à l’échelle d’un territoire. Voici quelques questions essentielles que les élus ne semblent pas se poser.

Qu’est-ce que le territoire intelligent ?

C’est le 10 décembre 2018 que les élus d’ALM décident à l’unanimité (oui, oui !) de mettre en place un projet pour utiliser la collecte de données et le numérique en vue d’« améliorer » les services urbains et de faire des économies. Plus concrètement, les élus proposent d’utiliser ces systèmes pour contrôler la fréquence de l’arrosage automatique des espaces verts et pour contrôler la circulation au centre-ville, entre autres. Mais on peut imaginer plein d’autres utilisations ! Comme à l’image de ces places de parking intelligentes place Bichon qui avertissent les pervenches quand l’heure du stationnement est dépassée ou comme ces micros installés dans les espaces publics à Saint-Étienne pour nous surveiller encore un peu plus. Enfin bref, dans le langage technocratique le « territoire intelligent » donne ceci :

Le territoire intelligent repose sur une utilisation efficace et partagée des nouvelles technologies, notamment liées aux objets connectés, pour créer de nouveaux services utiles aux habitants, mieux gérer les ressources naturelles, optimiser le fonctionnement des services publics, faciliter la vie quotidienne...

Pour venir à bout de ce projet, les élus ont donc décidé de débloquer la modique somme de 120 millions d’euros pour le développement de ce système sur 12 ans. [1] En précisant que le cahier des charges demandé par la collectivité ne pourra probablement être réalisé que par une très grosse entreprise (lire Bouygues, Vinci, Orange, etc.) La recherche du prestataire a déjà commencée et devrait se terminer en septembre 2019. À côté de cette dépense directe, la stratégie du territoire intelligent est poussée par la subvention indirecte d’entreprises dans le domaine de l’électronique et de l’objet connecté par des structures administratives comme Angers French Tech, Angers Technopole ou le projet WISE.

Malgré l’unanimité du vote, certains élus ont des questions. La droite comme à son habitude s’inquiète de « la pression fiscale ». La gauche s’inquiète de la « cohérence territoriale » et demande de l’« intelligence humaine ». Mais une question qui n’est pas abordée, mais qui semble pourtant s’imposer comme un rhinocéros sur un skateboard est la question écologique. [2] Comment assurer la production électrique pour ces objets, quelles seront les conséquences énergétiques de la collecte et du traitement des données et, surtout, est-ce que les économies réalisées par ces systèmes compensent leur coût (économique et écologique) ?

Inefficacité économique et écologique

Concernant la question économique, Christophe Béchu prend les devants :

Sur certains aspects où des solutions techniques existent, les gains potentiels pourront être jugés insuffisants. Mais nous pourrons aussi décider de nous engager en ne privilégiant pas forcément un retour sur investissement immédiat. [3]

Même si certains résultats économiques ne seront pas suffisants, le projet se fera quand même. Bon il faut croire que ce n’est pas l’aspect le plus important.

Qu’en est-il de l’aspect écologique ? Sur ce point, les déclarations restent plus vague. Le site d’ALM précise :

(le projet) s’inscrit dans une démarche de développement durable et de gestion maîtrisée des fonds publics. [4]

D’accord. Mais y a-t-il eu une étude sur la production énergétique nécessaire ? Y a-t-il eu un un débat sur le coût-bénéfice écologique d’un tel système ? Le vote et les déclarations publiques suggèrent que non. Ce qui est sûr cependant c’est que le coût écologique du stockage de données est considérable et que la production énergétique des Pays-de-la-Loire est composée à 66 % d’énergie fossile…

Bon. Quel pourrait être le but alors ?

Notre ambition est d’être le territoire le plus intelligent de France. [5]

Ah voilà ! Après il faut que la population suive. Des gens bêtes sur un territoire intelligent ça ne le fait pas trop… Heureusement que Christophe Béchu a promis que des agents interviendraient dans les conseils municipaux « pour faire de la pédagogie » ! Merci Monsieur Béchu.

Notes

[1Pour comparer, le budget annuel de l’Université d’Angers est de 140 millions. Cf. page 8 du rapport HCERES de 2015-2016 : https://backend.deqar.eu/reports/HCERES/20181113_1406_B2017-EV-0490970N-S1S1170011679-015009-RD.pdf

[2En omettant aussi, les questions évidentes de contrôle et de libertés dans l’espace public. Voir à ce sujet l’article de la Quadrature du net sur la situtation à Saint-Étienne : https://www.laquadrature.net/2019/04/15/mouchards-et-drone-a-saint-etienne-le-maire-veut-etouffer-le-debat/

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