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Ils détruisent la SNCF, nous les détruirons avec elle !


Après l’annonce de la privatisation de la SNCF, la suppression des postes, l’arrivée de la concurrence et de multiples changements pour rendre les trains attractifs et rentables, au dépend de la sécurité des clients comme des agents, les cheminots se révoltent de plus belle ! Témoignage d’un employé en lutte.

« On marche sur la tête ! »

L’été 2018 a marqué les esprits par la forte mobilisation des cheminots contre la privatisation de la SNCF. Malgré les grèves et les manifestations, les agents SNCF se sont vus ignorés et humiliés par leur PDG Guillaume Pépy. Pourtant leurs craintes et leurs désaccords se sont confirmés. En gare d’Angers, pendant tout l’été, les agents on demandé des réponses sur les changements internes qui s’effectuaient dans l’ombre : « Ce n’est pas normal que l’on apprenne la suppression ou la reconversion de nos postes par les gares voisines comme Le Mans ou Nantes ! » s’indignait un employé de l’accueil.

A Angers Les DPX (Dirigeants de proximité) ont cru intelligent de répondre qu’aucun poste ne serait touché, tout en évitant de plus en plus les contacts avec leurs employés et en passant 2 heures, chaque midi, dans la brasserie d’en face plutôt que de tenir leurs postes. « Ils ne viennent même plus dire bonjour le matin ou voir comment se passe la journée. Si il y a une forte affluence ou un problème en gare, ils ne descendent même plus donner des informations et prêter mains forte, contrairement à ce qui aurait pu être le cas il y a encore quelques mois. » annonce désespérément une employée étudiante.

Nous sommes début Novembre, l’ambiance est au plus bas. Depuis quelques jours les DPX convoquent dans leurs bureaux, un par un, les agents d’accueil, des quais et de la vente. Ces rendez-vous sont en fait des entretiens surprises, une ré-évaluation. Chacun a pu donner son choix pour qu’il soit ensuite étudié par les supérieurs : départ en retraite anticipée, reconversion sur un nouveau poste ou tout simplement fin de contrat avancée. Une concurrence indirecte s’est faite ensuite ressentir entre collègues, leur avenir sera tranché et annoncé le 21 Novembre.

L’insécurité pour Nous mais aussi pour Vous !

«  L’accident du 16 octobre dernier nous a tous touchés et bouleversés » annonce un membre de la CGT Cheminot d’Angers. Cela fait plusieurs mois que l’on voit les maintenances et les budgets se dégrader, sans compter les plaintes fréquentes des usagers dans les TER. Certaines lignes n’ont plus de contrôleur à bord ou alors un seul contrôleur au lieu de deux. On se fait voler, on se fait agresser, agents roulants ou clients, cet événement dans la région Champagne Ardenne n’est pas unique et anodin. L’appel au droit de retrait qui remet en cause la sécurité à bord des trains a été un appel du cœur des cheminots déjà abattus par leurs conditions de travail actuelles. « Cet accident concerne tout le monde, le conducteur a fait un travail immense et sur-humain pour sauver ses passagers, mais ce ne sera pas forcément possible à chaque fois. »

Ce TER contenait 70 passagers à bord, il a heurté un transport exceptionnel anormalement présent sur un passage à niveaux. Il y a eu 11 blessés dont le conducteur du TER, ce dernier a effectué seul toute la procédure de sécurisation du train et des passagers, avec un train croiseur en approche et le risque d’un sur-accident. Bien que blessé et ses appareils de communication détruits, le conducteur a dû alerter les agents de manœuvre en quittant sa rame et en laissant les usagers seuls à bord du TER déraillé pendant toute la procédure. « On n’ose même pas imaginer ce qu’il serait arrivé si le conducteur avait été d’avantage blessé et n’avait pas pu mener à bien son opération de sécurisation des voies. La question ne se serait d’ailleurs même pas posée si un contrôleur avait été présent. »

Merci la réforme !

Rappel à la multitude de voyageurs qui insultent et pestent sur les agents d’accueil : lorsqu’il y a des grèves ou des trains en retards, ces désagréments sont dûs à la magnifique réforme de la direction SNCF et du gouvernement de 2018, qui à été tant combattue par les agents SNCF.

Cette réforme a été établie au détriment de la sécurité, en occasionant des suppressions de postes, en généralisant la « conduite d’agent seul » ou en réduisant le nombre d’agents de quais. Ces derniers assurent le bon départ des trains en vérifiant qu’aucun passager ne risque sa vie sur les quais, en s’assurant que le matériel circule en bon état et sans risque de collision. L’insécurité progresse également avec l’arrivée de la concurrence, par exemple pour des raisons économiques les trains low cost Ouigo se passent de certaines vérifications vitales avant un départ.

Suite à l’accident du 16 octobre des roulants (conducteurs et contrôleurs) ont, partout en France, refusé de laisser partir les trains et exigé le retour d’un agent à bord. Ainsi les TGV de Paris Montparnasse ont été quasiment tous annulés ou retardés de plusieurs heures, de nombreuses lignes de TER ne circulaient plus.

Ce droit de retrait est très peu utilisé mais s’impose lorsque des salariés constatent une situation de travail présentant un danger grave et imminent pour leurs vies et celles d’autrui.

La direction de la SNCF a déclaré qu’il s’agit de l’exercice abusif d’un droit, que ce mouvement n’était qu’une grève inopinée et donc illégale.La direction menace les agents mobilisés de sanctions lourdes si le travail n’est pas repris. Ce discours est fortement relayé par le gouvernement et les médias, ils ciblent la fainéantise et les privilèges des cheminots au lieu de saluer le courage du conducteur du TER et des cheminots en soutien. C’est une chance inouïe qu’il n’y ait eu que 11 blessés !

Petit rappel à la loi pour la direction de la SNCF et le gouvernement : « Aucune sanction, aucune retenue de salaire ne peut être prise à l’encontre d’un travailleur ou d’un groupe de travailleurs qui se sont retirés d’une situation de travail dont ils avaient un motif raisonnable de penser qu’elle présentait un danger grave et imminent pour la vie ou pour la santé de chacun d’eux. »

Les cheminots sont en colère.

A cela s’ajoute le départ du PDG Guillaume Pépy au premier Novembre. Il n’a fait qu’ignorer les alertes et les demandes de ses agents. Il ne respectait et n’écoutait rien, il critiquait les cheminots pourtant fiers de cette entreprise historique et de son savoir faire. Guillaume Pepy a démantelé l’entreprise, dégoutté ses agents, mis en place des pourcentages et des scores pour glorifier les primes des DPX et des cadres grâce au travail des plus bas salaires et des agents oubliés. Alors que l’on compte plus de 50 suicides par an à la SNCF, des accidents hors du commun suite à des services de maintenance détruits, l’ouverture à la concurrence finit d’achever tous les services.

Depuis le 2 Novembre les technicentres sont au bord de la crise de nerf, notamment celui de Chatillon et de Landy qui débrayent pour contrer une direction déconnectée de ses salariés. Cela annonce un blocage total des rames TGV, Eurostar, Thalys et Ouigo !

C’est M. Jean-Pierre FARANDOU, âgé de 62 ans, qui prend le titre de Président de la SNCF. Travaillant à la SNCF depuis 1981, il a été président de Keolis de 2012 à 2019. Choisi par Emmanuel Macron, le nouveau dirigeant prendra ses positions au 1er janvier 2020 et devra finir de préparer l’entreprise ferroviaire à la concurrence. Expert dans cet univers, le nouveau président doit assurer la transition de la SNCF, justifiant ainsi un salaire de 450 000 € brut par an, il ne pourra pas cumuler plus d’un mandat de cinq ans. Les syndicats et les agents ferroviaires ne sont pas prêts de baisser la garde ni de stopper la lutte, FO transmet une lettre adressée directement à M.FARANDOU afin que les négociations s’effectuent réellement et vite : « Ce n’est pas pour rien que le journal Le Parisien titrait ces derniers jours « SNCF, la poudrière ». Vous êtes en effet assis sur un tonneau de poudre et la moindre étincelle aura des conséquences que personne ne saurait prévoir. »

Le 5 décembre un appel national est relayé par SudRail et la CGT cheminot, contre la réforme des retraites. La retraite, pilier social en France, est menacée en parallèle aux conditions de travail des agents SNCF. Le bras de fer continue, les cheminots déclarent : « le rapport de force peut et doit être supérieur à celui de 2018 »

Tous en grève le 5 décembre ! Soutien avec tous les agents SNCF ! Que la lutte continue !

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