Analyse et Histoire Luttes étudiantes / Savoirs

À propos de la crise du logement étudiant à Angers


Avec plus de 40 000 étudiant.e.s en 2018, la ville d’Angers bat à nouveau des records, pas seulement en nombre d’étudiant.e.s mais aussi de précarité. En effet, le nouveau record c’est aussi 3 000 étudiant.e.s sans logement et un nombre record de requêtes urgentes non étudiées.

Le jeudi 10 octobre 2019 une Assemblé générale organisée par le syndicat étudiant UNEF s’est tenue à la Faculté des lettres, langues et sciences humaines de l’Université d’Angers. Guewen Douesneau, président du syndicat étudiant et Jacques Lordet administrateur d’Angers Loire Habitat qui est aussi représentant CGT retraité du Maine-et-Loire ont rappelé les chiffres effrayants sur la question du logement. Environ 1 000 étudiant.e.s auraient été sans logement en 2018 et ce chiffre aurait triplé en octobre 2019. En parallèle, cela fait trois ans que le nombre d’étudiant.e.s augmente. Rien qu’au sein de l’Université d’Angers il y a actuellement 24 000 étudiant.e.s et dans l’ensemble il y aurait plus de 40 000 étudiant.e.s à Angers.

Depuis 2018, la crise du logement a engendré une vague de panique de la part des assistant.e.s soci.ales.aux et des étudiant.e.s. Soutenu.e.s par des professeur.e.s, iels avaient lancé plusieurs actions (manifestations, sondages, etc…) sans que rien ne change. Une étudiante de L3 témoigne « Nous avons essayé de palier au manque de logement avec nos moyens, on héberge des étudiant.e.s chez nous même si nous sommes déjà 2 ou 3 dans un vingt mètre carré. On a fait remonter notre sondage aux conseils du CROUS et de l’université, on cherche des moyens de colocation d’urgence pour un soir, quelques jours ou même une semaine, on ne peut compter que sur la solidarité étudiante mais cela ne résoudra pas le problème de manière pérenne ! On ne comprend pas ce que font le CROUS et la ville d’Angers ? »

L’année dernière l’UNEF avait aussi mis en place un questionnaire de recensement afin de pouvoir établir le bilan dramatique et tenter de trouver des solutions comme de l’aide pour des dossiers HLM ou CROUS. Le président de l’UNEF s’insurge que rien n’ait évolué depuis 2018 où de gros problèmes de logement avaient déjà été constatés suite à l’ouverture de nouvelles écoles, comme l’ISTOM, et surtout suite à la progression démographique. Les assistant.e.s soci.ales.aux, de leur.e côté, sont débordé.e.s et n’ont plus de solutions à proposer. Iels tirent sur la sonnette d’alarme depuis un bon moment. Actuellement, au CROUS il n’y a que 5 400 logements pour répondre à la demande et le nombre de chambres d’urgence, qui ont été libérées depuis le début de l’été, est insuffisant.

À cela s’ajoute la problématique du logement en général. En effet, la gentrification agit aussi à Angers : les loyers augmentent fortement et les populations précaires et travailleuses sont repoussées dans des quartiers où les services publics sont en manque. Le prix de l’immobilier a tellement augmenté que des sites d’investisseurs ont décrit le deux-pièces angevin comme le meilleur investissement en France en 2018. Les logements étudiants du CROUS subissent évidement aussi cette augmentation et les prix, qui ont été calés sur le prix des logements étudiants nantais, sont passés à 346€/mois pour un 13m2 et 246€/mois pour un 9m2… Pour illustrer encore le manque de logements et la précarité des locataires, il faut rappeler qu’il y a environ 12000 demandes de logements sociaux en cours en 2018 dans le Maine-et-Loire, dont plus de 6 000 à Angers. [1] et que l’État n’investit qu’un pour-cent de son budget pour la création de logements sociaux. Comme si la pauvreté n’était pas assez répandue et comme si les logements sociaux déjà peu nombreux n’étaient pas assez vétustes.

La réponse des élus locaux face à cette situation semble être dirigée par la volonté de faire plaisir aux investisseurs immobiliers. Récemment, à la demande du maire M. Christophe Béchu, Angers a été déclassée au niveau B1 sur l’échelle des normes des zones tendues. Cette échelle qui est définie par rapport à l’offre et la demande de logements sur un territoire (et qui est liée aussi à l’évolution démographique, aux marchés locaux et aux niveaux de loyers) impose une régulation plus ou moins contraignante sur les bailleurs et les investisseurs. Ce déclassement permet, entre autres, de déduire les investissements immobiliers des impôts et donc favoriser la spéculation sur ces biens. En particulier, cela incite les locations à court terme type Airbnb.

Face à cette volonté avare, il faut opposer une résistance variée pour contraindre les pouvoirs publics à faire d’Angers une ville « où il fait bon vivre » accessible à tous.tes. En particulier, il faut donner aux étudiant.e.s des moyens décents pour leur développement. Pour développer cette lutte plusieurs axes sont donc nécessaire. Par exemple, l’UNEF propose de mettre pression directement sur M. Béchu avec des cartes postales revendicatives [2]. Il est aussi nécessaire de se saisir des outils légaux notamment en déposant un dossier au conseil administratif du CROUS pour exiger l’indexation des loyers sur ceux d’Angers et non sur ceux de Nantes. Il faut aussi établir un recensement des étudiant.e.s en situation de logement précaire pour informer l’administration de l’université et préparer un suivi individuel des situations. Dans ce cadre, un collectif d’étudiant.e.s sans logements est en cours de formation. Il faut bien entendu aussi continuer les manifestations pour mettre pression sur les élus. Il semble bizarre de devoir préciser qu’une situation où des étudiant.e.s sont SDF ou arrêtent leurs études parcequ’iels ne pouvaient pas se loger est inadmissible. Quand les appartements sont vides, les rues sont pleines ! Un toit c’est un droit !

Notes

[1Les données sont disponibles sur le site gouv.fr. Dans les chiffres mentionnés, les demandes de mutations ont été exclues.

[2Les cartes postales revendicatives de l’UNEF à signer et à envoyer en masse sont disponibles au bureau de l’UNEF sur le campus de Belle-Beille.

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